Boris CRESTIA, fondateur de Gazelle Touch

Rencontre avec... par Cécile SODJI 9 mai 2014 0

Gazelle Touch a développé sa notoriété en Afrique de l’ouest en innovant en management et relation client. Boris Crestia, franco-béninois, graphiste de formation a réalisé son rêve en fondant cette agence qui travaille maintenant en Afrique et à l’international.

Peux-tu me présenter l’agence que tu as créée ?

Gazelle Touch->http://www.gazelletouch.com/] est une agence de publicité basée au Bénin (ce bureau représente, en plus de ses activités principales, le Groupe mondial de conseil en communication et Media Havas), au Cameroun et au Togo. Nous travaillons pour 17 pays d’Afrique, pour le Canada, les Emirats Arabes ou encore la France. L’agence compte 15 collaborateurs. Nous travaillons sur toute la chaîne du métier de la publicité. Nos compétences sont en analyse, compréhension, stratégie marketing, stratégie media, conception-rédaction et graphique de messages en fonction des positionnements et développements numériques(digital, production TV, radio…). La seule chose que nous faisons faire à l’extérieur de l’agence, en France, afin de garantir la qualité, c’est l’impression et la fabrication.

Qu’est-ce que c’est l’innovation pour toi ?

L’innovation, pour moi, c’est le fait d’approcher les choses différemment. L’innovation va avec l’audace, le risque. Elle fait sortir des sentiers battus. Selon moi, innover c’est aller dans une direction sans en connaitre l’issue mais en étant convaincu que c’est par là qu’il faut aller. L’innovation consiste à augmenter la performance, améliorer les choses, optimiser le rendement, développer la qualité, la rapidité. Innover, c’est améliorer un état en employant des chemins inconnus.

En quoi innoves-tu ?

Gazelle Touch travaille pour des entreprises étrangères implantées en Afrique de l’ouest, mais aussi des étrangers basés à l’étranger. Se faire solliciter au Bénin pour l’originalité, l’inventivité, la création de Gazelle Touch est pour notre équipe une véritable satisfaction. Ce qui est différenciant c’est d’une part l’expérience de travail que les clients vivent avec nous : nous faisons participer et réfléchir le client. Il intervient à tous les niveaux du processus de la création de sa campagne. D’autre part, l’agence s’est distinguée de ses concurrents locaux en investissant sur les collaborateurs. En fait je peux dire que Gazelle Touch innove d’une part par son expertise en publicité dans le contexte ouest-africain, d’autre part en étant reconnue pour une gestion de la relation avec les clients différenciante et enfin par son management aux antipodes de ce qui se fait traditionnellement dans la Région. Du coup, je pense que nous avons contribué à rendre le métier de la communication en général et de la publicité en particulier, plus professionnelle. Nous avons été un réel déclencheur. Nos clients nous le disent. En ayant une démarche pédagogique avec nos clients, nous les avons rendu plus alerte, plus exigeants, et pouvons maintenant avoir un dialogue technique avec eux.

En quoi as-tu innové en management ?

Considérer que l’équipe est le capital le plus important de l’entreprise est crucial. Chacun est manager à son niveau, donc responsabilisé. Ce n’est pas une organisation pyramidale. Les départements se complètent. Chaque collaborateur est investi d’une réelle mission et contrôle son pôle. Responsabiliser une personne dans une activité qu’il/elle affectionne dope son implication et son plaisir. Aujourd’hui les collaborateurs de Gazelle Touch travaillent certes avec un œil sur le compteur ‘revenu’ mais la mission, et le plaisir de l’accomplir n’a cessé de prendre chez eux, une importance qui fait la différence. Ils proposent souvent des améliorations de nos processus de travail, ainsi que des innovations. Toutes les suggestions sont mises en place et testées avant d’être retenues ou abandonnées. Gazelle Touch est aujourd’hui à l’image de son équipe, et non pas à l’image de son fondateur. Certains collaborateurs se sont vus proposer une rémunération double chez des concurrents et ont refusé de quitter l’agence.

Est-ce que tu as été inspiré par des personnes en particulier pour créer au début ?

Au début, personne. Je rêvais d’un métier où la créativité serait sollicitée. A 14 ans, à une journée des métiers j’ai rencontré le graphiste employé par le Centre culturel français et je me suis dit que c’était le métier que je voulais faire. Cela faisait déjà des années que je dessinais les cours plutôt que de les écrire. Je décidais alors qu’après mon bac au Bénin, j’irais en France, apprendre la publicité et je reviendrai créer mon agence de publicité. Pour moi c’était le métier idéal. Créer, positionner un produit me faisait rêver. Plus tard quand j’ai compris ce que c’était que d’être entrepreneur….j’ai commencé à avoir de l’admiration pour des personnes qui ont réussi, par exemple Richard BRANSON. Je retrouve en lui mon côté rêveur actif. Il accompli des choses incroyables, tout en semblant juste poursuivre rêves et idées folles… pas si folles que ça d’ailleurs…

Comment fait-on pour aller du rêve à l’innovation ?

Il ne faut jamais abandonner, travailler dur, être persévérant. Il faut aussi prendre de la distance avec les choses, sortir la tête du guidon. J’ai lu le mois dernier quelque chose que j’ai trouvé très subtile : « être entrepreneur, c’est sauter du haut d’une falaise et au cour de ta chute, tu construis un avion ». Je trouve cette image absolument fabuleuse. Elle me rappelle comment j’ai quitté la France, ma fiancée, mon appartement, l’emploi de mes rêves etc. avec juste en tête ce projet datant de mes 14 ans… je n’avais aucune hésitation, aucun questionnement. J’y allais, c’était une évidence. J’avais prévu de le faire plus tard, et je croyais qu’il me fallait un capital de départ avant de réussir, qu’il fallait une liste de pré-requis. Je n’avais rien de tout ça au moment où j’ai pris ma décision d’avancer quand même. J’ai sacrifié ce que j’étais à ce moment là, pour concrétiser ce rêve.

Quelles sont les particularités de l’innovation en Afrique de l’ouest ?

Entreprendre en Afrique de l’ouest est très très difficile, c’est éreintant. Plusieurs fois je me suis demandé si je n’allais pas tout laisser tomber. En plus des difficultés que l’on peut trouver dans n’importe quelle partie du globe, il y a ici des concurrents qui se positionnent d’avantage en adversaires qu’en concurrents, et qui, au lieu de tenter de faire mieux que toi, dépensent une somme d’énergie considérable à tenter de te faire tomber plutôt que de tenter eux de s’élever ! Les conditions de travail en général aussi, sont au quotidien un vrai challenge : retards paiements, parfois pas paiement du tout, connexions internet désastreuses (Parfois, il faut 25 minutes pour ouvrir une page Gmail). Au Bénin pour avoir moins d’1 Mega il faut compter 430 euros/mois. La semaine dernière je n’avais pas d’eau courante. Et voilà un mois que le courant est coupé 3 à 10h chaque jour. C’est un vrai parcours du combattant. Il est en fait, assez simple de créer en Afrique de l’ouest mais plus délicat d’en vivre et de développer. Je suis venu créer ici parce que je me sens chez moi avec toutes les difficultés que cela comporte. Et maintenant je voyage pour le travail dans le monde et je suis heureux.

As-tu quelque chose à ajouter pour conclure notre entretien ?

Je te remercie pour l’intérêt que tu portes à Gazelle Touch. C’est une très belle récompense !

MERCI à toi Boris et très belle continuation à toute l’équipe de Gazelle Touch.

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