Emilie Damon, Directrice marketing du label musical tôt Ou tard

Rencontre avec... par Charlotte LISCHER 11 juin 2012 0

A l’occasion de la fête de la musique, Kalydeo compose un numéro dédiée à l’innovation musicale et orchestre, pour l’occasion une entrevue avec Emilie Damon, directrice marketing du label musical tôt Ou tard. Elle nous fait partager son regard sur la consommation musicale et l’innovation dans l’industrie du disque.

KALYDEO : tôt Ou tard est un des labels indépendant les plus importants. Comment est né tôt Ou tard ?
Emilie Damon : L’histoire de notre label est singulière. Contrairement à la logique qui voit les petits labels se faire acheter par les majors, tôt Ou tard est né dans une major française. Son crédo était de promouvoir la nouvelle scène française. Après être passé en joint-venture avec warner music, tôt Ou tard est devenu complètement indépendant il y a 6 ans malgré le contexte de la crise du disque. Nous avons aujourd’hui Wagram comme distributeur et partenaire capitalistique à 49%, ce qui permet de préserver une totale liberté à notre maison de production.

K : En quoi un label comme tôt Ou tard peut être innovant ?
E.D. : Il l’est à double titre. D’une part, nous misons sur le coup de cœur et non le coup de fric. Notre objectif permanent est de créer une communauté d’artistes profondément humaine et collective. Nous nous définissons non plus comme une maison de production de disques, mais comme une maison des artistes. Notre objectif est de proposer à chacun d’entre eux toute la gamme de production et de promotion de leur art. Et non seulement sur la musique, mais également sur leurs autres talents. Ainsi, notre maison d’artiste s’est construite lentement mais surement.
Notre deuxième atout est d’avoir construit une identité forte : Au démarrage de tôt Ou tard, ce que les médias ont qualifiés de « Nouvelle scène française » et que je définirais comme des auteurs-compositeurs-interprètes avec une vraie singularité. Cette politique artistique s’est aujourd’hui étendue à des artistes internationaux dans notre catalogue. Nous gérons depuis toujours une communauté de fans de notre label, au départ via du mailing direct aujourd’hui par le travail sur notre newsletter et site officiel du label afin de fidéliser notre public. Nous avons également pris le virage de l’e-commerce très vite. Nous avons décidé de tirer des bénéfices des outils tels que iTunes, Deezer, Youtube,… et ce, dès 2007. Ces nouveaux modes de consommations peuvent permettre à des groupes de contourner les dictats des diffuseurs classiques (radios, Tv), distributeurs et maisons de disques, en éveillant l’intérêt par le biais de niches de fans.

K : Justement, vous touchez le point sensible du téléchargement illégal et de Hadopi. Qu’en est-il aujourd’hui ?
E.D. : Hadopi a été une absolue nécessité. Même imparfaite, cette loi a permis de faire prendre conscience au public que le piratage avait comme conséquence de tuer la musique et le droit d’auteur qui va avec. Les comportements ont changé grâce à l’élaboration de cette loi, les gens ont compris que la rémunération de la musique (physique et digitale) fait vivre les auteurs compositeurs, musiciens, intermittents, studios de musique, photographes… et pas uniquement la maison de production ! Il est vrai que pour contrer le piratage, nous avons tous été lent à l’allumage. D’une part, il a fallu numériser tout le back catalogue musical pour proposer une offre légale qui puisse contrer les sites pirates, organiser les circuits de redevances, obtenir des sites d’écoute en streaming une rémunération juste des droits d’auteurs, tout cela a pris du temps. . Il semble que nous abordons aujourd’hui à nouveau un cercle vertueux mais fragile après plus de 7 ans de crise. L’industrie du disque a complètement changée, nous avons intégré les nouveaux modes de consommation. Aujourd’hui, nous apportons à l’artiste un accompagnement à 360° (Production, Concert, Merchandising) et à notre public des offres en corrélation avec leur mode de vie.

K : Finalement, quelle est la grande innovation en matière de musique online ?
E.D : L’innovation majeure provient des outils fabuleux que nous procurent le streaming (le consommateur a accès à l’écoute avant de passer à l’achat), les plateformes légales (qui nous permettent de voir en temps réel les ventes et impact de différentes promos), des réseaux sociaux (communication des informations en temps réels sur les sites artiste, commentaires des fans). L’artiste a les moyens d’aller à la rencontre de son public directement. Il peut mettre en ligne le vidéo-clip qu’il a lui-même tourné, le duo qu’il vient d’enregistrer avec un autre artiste, une version live de son passage à un festival etc… A nous, maison des artistes, d’organiser ces rencontres et d’utiliser ces nouveaux outils de diffusion et de promotion, avec nos artistes.

A propos de tôt Ou tard :
tôt Ou tard est un label musical français indépendant créé il y a 16 ans à l’initiative de Vincent Frèrebeau. Ce label regroupe un grand nombre d’artistes de la nouvelle scène française, contribuant à une véritable coloration artistique du label. Si les univers musicaux sont différents, Ben Howard, Piers Faccini, Têtes Raides, Yael Naim ou plus récemment les Shaka Ponk, ces artistes ont en commun d’être auteurs, compositeurs et interprètes.

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